MUSIQUE CONTEMPORAINE – L’ensemble genevois ne joue que de jeunes compositeurs, un défi qui lui réussit. Rencontre avant un week-end de fête. 

BENOÎT PERRIER  

«Pas de compositeur célèbre, ni vieux, ni mort», lâche Daniel Zea, le sourcil souriant. Par cette maxime, le musicien colombien résume le projet de l’ensemble Vortex: jouer les partitions d’aujourd’hui, et rien qu’elles. Un pari audacieux: ne les a-t-on pas souvent incités à mettre au programme quelques «noms» pour attirer le chaland? La formation s’est pourtant tenue à sa contrainte de départ et fête ses cinq ans par des concerts et une soirée électronique ce week-end (lire ci-dessous). Retour avec Daniel Zea et la hautboïste Béatrice Zawodnik sur un parcours qui défriche.

Une quarantaine d’oeuvres inédites

Au commencement, six instruments: violon, contrebasse, hautbois, guitare, percussions et électronique. Formation hétéroclite, mais Béatrice Zawodnik explique que l’ensemble s’est fondé sur des personnes, celles qui entendaient défendre la jeune musique, pas sur des pupitres déterminés à l’avance. Dès le début, quatre compositeurs (dont Daniel Zea) sont partie prenante de l’entreprise, fournissant des pièces et contribuant à la direction artistique collégiale de Vortex. «Nous jouons de la musique contemporaine de chambre, précise la hautboïste. Notre travail sans chef, collectif, est lui aussi une prise de risque.»
Visiblement, la recette fonctionne. En cinq ans, Vortex a joué plus de quarante créations en première mondiale et fidélisé un public «plutôt jeune, et pas uniquement constitué de musiciens». L’ensemble venait combler un manque, une «place à prendre» qui vient avec ses difficultés. Au premier rang desquelles, le financement. «Réaliser neuf premières par année est un énorme sacrifice budgétaire, précise Daniel Zea. Nous voudrions pouvoir mieux payer les compositeurs, être plus encore le moteur de la création.»

L’heure du bilan

Le plus dur jusqu’ici? La réponse de la hautboïste fuse: «Recevoir les partitions une semaine avant le concert». Sa corporation incriminée, Daniel Zea sourit, botte en touche et évoque le casse-tête que constitue la programmation d’oeuvres jamais jouées. Il donne l’exemple du compositeur italien Emanuele Casale, invité pour sa radicalité, qui a livré à Vortex la création la plus classique que l’ensemble ait jamais donnée.
Alors, prêts pour dix ans de plus? Les deux camarades acquiescent, mais on sent bien que pour un ensemble dont la fraîcheur définit le projet, cinq années représentent une somme. «Les jeunes compositeurs du début ne sont plus si jeunes», rit Daniel Zea. Ce qui ne l’empêche pas de rêver à «plus grand: plus d’instrumentistes, davantage de liens pour accroître les possibilités de l’ensemble».
Béatrice Zawodnik prolonge la réflexion: «Rester statique est la mort de ce genre de structure. Cinq ans est un bon moment pour faire un bilan.» D’ici là, le public connaîtra un week-end festif et riche en propositions. Quant à Vortex, il reviendra lundi au Studio Ansermet enregistrer un disque pour l’étiquette NEOS, sa future carte de visite. 


ENSEMBLE SOUS TOUTE LES COUTURES

 BPR    

Ce week-end, l’ensemble de musique contemporaine dévoile quatre de ses facettes. Samedi affiche les musiciens de l’ensemble, accompagné d’invités (accordéon, flûte, violoncelle et clarinette) dans cinq créations, dont Electric Spanking de Daniel Zea. La fête se déplace ensuite au Pachinko, aux Grottes, pour une soirée sous-titrée «Famous & Obscure Music Around the World»: elle promet quand on sait que John Menoud, homme aux sélections pointues, est l’un des compositeurs de Vortex.
Dimanche, retour au Studio Ansermet et programme mettant en vedette les élèves de cordes du Conservatoire populaire dans des partitions contemporaines. Conclusion enfin avec «Vortex électronique», une cérémonie de pure musique acousmatique. BPR
Note : «Concert de créations», sa 16 octobre, 20h. «Soirée Mucha Muchacha», sa 16, 23h. «Mythes légendes et parasites pixels», di 17, 17h. «Vortex électronique», di 17, 19h. Au Studio Ansermet (Passage de la Radio 2), sauf «Mucha Muchacha» au Pachinko (Rue des Amis 9). Rens: www.ensemblevortex.com

Paru le 14 Octobre 2010 dans Le Courrier

 

Chronique de l’album de Caribou qui l’a propulsé – à raison – dans les oreilles du grand public.
Animation, Pascal Knoerr.

Caribou, Andorra, City Slang

Diffusé le 1er octobre 2008 dans les Bruits du Frigo sur Radio Cité
Photo CC BCY-NC-SA LiminalMike

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Bdf20071122BenGiftOfGab_SupremeLyricism.mp3 (22077 KB)

Diffusé le 22 novembre 2007 dans les Bruits du Frigo sur Radio Cité
Photos, © kjten22 et CC BY-NC-SA staxnet

Chronique de l’excellent premier disque des Friendly Fires, album également traité dans les colonnes du Courrier.

Bruits Du Frigo 9 Février 2009, Friendly Fires by Bruits Du Frigo
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Bdf20090209BenFriendlyFires.mp3 (23564 KB)

Diffusé le 9 février 2009 dans les Bruits du Frigo sur Radio Cité
Photo CC BY-NC Kevin M. Murphy

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Friendly Fires – Paris (Aeroplane Remix, feat. Au Revoir Simone)

Paru le 7 mars 2009 dans Le Courrier
Photo CC-BY-NC-ND jcbehn

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Les itinéraires musicaux du Genevois Eric Gaudibert (23 octobre 2009, Le Courrier)

12 juillet, 2010

PROPOS RECUEILLIS PAR BENOIT PERRIER

COMPOSITION – Le musicien genevois est à l’honneur dimanche. Un concert lui est consacré qui revient sur ses traces multiples.

«J’ai une vie très rangée», plaisante le compositeur Eric Gaudibert dans son studio du Rondeau de Carouge. Il sourit, expliquant qu’un lieu de travail spécifique prémunit contre les «préoccupations» d’un métier «d’obsédés». Dimanche, le Conservatoire fera entendre au public le produit de son «travail d’ascèse».Veveysan formé à Lausanne et Paris, le musicien a eu une triple carrière: pianiste jusqu’à 33 ans, il s’est ensuite tourné vers l’enseignement et la création. A Genève, il a longtemps donné au Conservatoire populaire l’analyse, l’harmonie au piano et la composition; avant de remodeler la classe de composition de la Haute Ecole de Musique. Aujourd’hui à la retraite, il continue à écrire. Un disque paraît, un concert le met à l’honneur. Rencontre.

Est-ce le compositeur que l’on fête, dimanche?
En partie. Ce concert sert deux buts. D’abord vernir l’enregistrement consacré à mes oeuvres, mais aussi revenir sur mon parcours d’enseignant. C’est donc l’orchestre du Conservatoire populaire qui jouera la première pièce, une composition aisée à aborder pour ces jeunes musiciens. Albumblaetter sera, lui, joué par deux flûtistes de la Haute Ecole Quant à Laurent Estoppey et deux de ses élèves, ils forment pour l’occasion un trio de saxophones.

Et votre carrière d’interprète, l’évoquera-t-on?
Oui, je jouerai Vénescence avec René Meyer, le clarinettiste de Contrechamps. L’oeuvre a une partition graphique et suppose l’improvisation. Elle remonte à 1973, avec une dimension électroacoustique: un simple delay (le son joué par les instrumentistes est reproduit avec un décalage, ndlr). A l’époque on le produisait avec deux énormes magnétophones Revox. Entre eux, 3 mètres 80 de bande qu’il fallait faire circuler de l’un à l’autre!

Avez-vous continué dans la direction de l’électroacoustique?
J’ai cessé, pensant en avoir fait le tour. De plus, les traitements complexes nécessitaient un investissement énorme. Les ordinateurs d’alors étaient rares et gigantesques; Xenakis passait des nuits dans les centres informatiques que lui prêtaient de grandes entreprises.
Mais vingt ans après, à la Haute Ecole de Musique, j’ai vu que les étudiants compositeurs disposaient d’outils «portables». J’écris donc des pièces avec traitement direct.

Quelle place y ménagez-vous aux instrumentistes?
L’interprète doit, pour moi, être au centre, pas le seul «déclencheur» d’une cascade de sons. Sans compter que les musiciens se réjouissent qu’on leur donne des «responsabilités», qu’il s’agisse de choix à opérer, de segments improvisés ou qu’on requière d’eux une extrême virtuosité.

Et vos maîtres, qui étaient-ils?
En tant qu’interprète, Alfred Cortot dont j’ai suivi les cours publics et quelques leçons privées. Pianiste, chef d’orchestre, il était la figure du musicien complet. Mais surtout il avait une vision artistique qui dépassait la simple musique, c’était ainsi un grand collectionneur d’art. En tant que compositeur, Henri Dutilleux. J’étais de ses premiers élèves et j’ai travaillé avec lui. Il m’a transmis du «métier» – en matière d’orchestration, notamment – et une attitude: travailler lentement et avec exigence.

«Autour d’Eric Gaudibert», di 25 octobre, Conservatoire de Musique (Place Neuve), à 17h projection d’un «Plans-Fixes» consacré au compositeur, concert à 18h.
CD «Océans», Gallo/VDE-Gallo.

Paru le Vendredi 23 Octobre 2009 dans Le Courrier

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